Retour sur Living Cube #4, avec sa fondatrice, Élodie Bernard

Découvrir de nouveaux artistes, échanger sur les œuvres en toute convivialité et repartir avec l’une d’entre elles sous le bras, voilà le format rêvé d’une exposition. C’est du moins ce que propose Élodie Bernard, commissaire d’exposition et enseignante en arts plastiques, avec Living Cube. Au sein de son appartement à Orléans, Élodie reçoit des amateurs d’art pour présenter une collection éphémère d’œuvres, glanées au fil de ses rencontres et visites d’atelier.

Ce qui est plaisant avec ce format, c’est qu’il se situe entre le centre d’art, où la création contemporaine est présentée et soutenue, et la galerie, puisque toutes les œuvres sont à vendre, pour tous les budgets. J’admire chez Élodie son authenticité et son entrain, et ce à tous les niveaux de la vie d’une œuvre. Que ce soit auprès des artistes – le plus souvent émergents – qu’elle soutient, lors de médiation et d’échanges avec les curieux amateurs qu’elle reçoit, ou lorsqu’il s’agit de conseiller et d’accompagner des collectionneurs ; elle sait installer une relation de confiance.

Malgré les incertitudes liées à la crise sanitaire, la quatrième édition de Living Cube s’est tenue du 23 octobre au 8 novembre 2020, avec l’aide d’Albane Dumas qui a développé les partenariats. Après avoir visité l’exposition, j’ai posé quelques questions à Élodie pour revenir sur cette dernière édition et échanger sur son ressenti dans ce contexte si particulier pour la culture.

Le bureau. Peinture par Olivier Nevret, circles & squares, 2020.
Au sol, Xenia Lucielaffely, série de coussins impressions velours, 2020.

Une installation ready-made de Léo Fourdrinier, un tirage de Jean-Baptiste Bonhomme, une peinture minimaliste, quasi conceptuelle d’Olivier Renevret ou un fusain de Diego Movilla : on remarque une sélection éclectique d’œuvres, traversant différents univers et références. Comment as-tu réalisé ta sélection cette année ?

La sélection de cette année a été plus complexe à réaliser, dans la mesure où, le temps passé dans les ateliers a été réduit à cause de la situation actuelle.

J’ai donc choisi de présenter des œuvres que j’avais vues lors d’expositions ou de salons. Pour le choix, je n’ai rien changé, l’idée étant de me fier à mon instinct, de choisir les pièces de manière intuitive. Se fier à ce que l’œuvre éveille en moi lors de notre rencontre.

Est-ce que tu veux nous parler d’une œuvre en particulier ?

Avec plaisir ! Je te propose de nous arrêter sur le grand dessin de Grégory Cuquel « Blabla, au grand apéro » réalisé en 2020. On y voit différents éléments collés sur un grand format, des verres à pied à peine griffonnés, des carafes sur lesquelles sont dessinés des visages : on reconnaît Apollinaire ou encore Picasso, des dessins sur fond de papier bleu ciel ou parme, des mains qui arrivent dans le cadre, piochant ici une olive, posant sa cendre de cigarette là. On devine la végétation, le vert domine la composition. C’est un dessin qui est plein d’énergie, on a envie de s’attarder avec tout ce groupe, sorte d’apéro idéal, dans lequel Grégory Cuquel a réuni une majeure partie de ses modèles. C’est en quelques sortes le Déjeuner sur l’herbe de notre époque.

La salle à manger. De gauche à droite : Jean-Baptiste Bonhomme, Home sweet home, 2020;  Grégory Cuquel, Blabla au grand apéro, 2020; Julien Desmonstiers, Canicule, 2019.

L’annonce d’un deuxième confinement est tombée en plein milieu de l’évènement. L’œuvre choisie pour le visuel de l’exposition, Home sweet home de Jean-Baptiste Bonhomme, semble alors reprendre tout son sens, nos esprits étant piégés entre les murs de nos maisons. Tu as eu cependant la chance d’être confinée entourée de toutes ces œuvres. Comment s’est déroulée cette édition particulière de Living Cube ?

Living Cube n’est pas une exposition comme les autres. Comme tu as pu en vivre l’expérience, il s’agit de plusieurs rendez-vous conviviaux. Toujours en petit comité avec la présence d’un ou deux artistes autour d’un brunch, d’un dîner, d’un café, afin de créer une atmosphère propice à l’échange, d’envisager une autre façon d’appréhender l’œuvre et la collection. Nous avons eu la chance d’ouvrir une semaine avant les annonces gouvernementales. Le public a donc pu profiter un minimum de l’accrochage et surtout de la présence des artistes le premier weekend d’ouverture. Puis l’annonce est tombée, c’était un coup de massue pour moi. Heureusement, Albane Dumas, ma collaboratrice toujours pleine d’énergie, m’a suggéré de maintenir les rendez-vous. Nous avons donc fait le choix de maintenir la possibilité de prendre rendez-vous afin de venir voir les œuvres, en vrai. Bien sûr, ça reste un projet modeste, mais il est important pour nous de soutenir les artistes jusqu’au bout et ça passe par là, maintenir coûte que coûte, l’accès à l’art.

Living Cube permet avant tout de faire découvrir et partager la création contemporaine, mais est également construit autour de la passion de la collection d’art. On a souvent comme idée que collectionner serait réservé à un cercle restreint de personnes, de grands connaisseurs, ou de grandes fortunes. Par Living Cube, chacun est invité à compléter sa collection ou à la commencer. Comment est-ce que ce que le déclic d’acheter une œuvre se fait selon toi ?

Très bonne question. Le coup de cœur ? Je crois que ce qui déclenche l’envie de partager son quotidien avec une œuvre, c’est le fait de l’avoir en tête tout le temps après l’avoir vue en vrai. Impossible de s’en défaire, et je sais de quoi je parle (rires).

Tu présentes dans l’exposition des peintures de Bruno Peinado, figure historique dans le paysage français. Tu me confiais que c’était un immense honneur pour toi de présenter les œuvres d’un artiste que tu as étudié et qui t’a marqué dans ta jeunesse. Quels seraient pour toi l’artiste -mort ou vivant- ou l’œuvre, que tu rêverais de voir dans une édition de Living Cube ?

Il y en a tellement! Je rêverai de montrer une Marquee de Philippe Parreno, mais là il faudrait que j’ai un château ! Les sérigraphies de John Giorno, pour leur irrévérence, les aquarelles de Pierre Ardouvin. Je pense aussi aux tapisseries de Laure Prouvost, aux sculptures d’Ann Veronica Janssens… Bref, la liste est longue, mais les éditions ne sont pas terminées, l’an prochain nous fêtons les 5 ans et je ne compte pas m’arrêter là !

Le bureau. Léo Fourdrinier, Dogs monologue, 2017. Au mur de gauche à droite: Mël Nozahic, La monture, 2018; Mes adieux, 2017.

Living Cube est résolument ancré à Orléans, par la communauté d’amateurs et de collectionneurs que tu as su créer, mais aussi par les différentes entreprises partenaires -parfois bien éloignées de l’art contemporain à première vue- qui t’accompagnent. L’actualité culturelle et du marché de l’art est chamboulée par les raisons que nous connaissons tous. L’ouverture de Living Cube s’est tenue le week-end où la FIAC aurait dû se tenir. J’ai l’impression que cette absence d’actualité parisienne semble recentrer l’attention de chacun sur les initiatives locales, ce qui me semble une bonne chose. Qu’en penses-tu ?

Je ne vais pas dire le contraire, bien que je sois une amoureuse de la semaine FIAC ! C’est une bonne chose oui, car il y a énormément de structures qui proposent des programmations de qualité hors de Paris et ça, depuis longtemps. Je trouve ça dommage que les projecteurs soient tournés vers les régions et les projets à échelle locale seulement maintenant. De plus, les projets – je préfère ne pas parler d’initiatives, je trouve que cela est réducteur pour les acteurs du milieu culturel déjà inscrits dans une démarche qui prend place sur les territoires – qui se développent en région n’ont pas perdu de vue l’Humain. Car l’art et la culture sont avant tout des aventures humaines.

Plus largement, nous nous intéressons actuellement chez Zao aux bouleversements que la crise du Covid pourrait engendrer pour le secteur culturel. Par ta proximité avec les institutions culturelles et artistes, de quelle façon penses-tu que cette crise pourrait modifier le paysage artistique ?

Difficile de se projeter, peut-être que cela va se jouer d’une part, dans l’ampleur des projets, en en finissant avec les expositions « évènementielles », en repensant les foires et les salons.

D’autre part sur la relation humaine : remettre au cœur de la création l’artiste, l’œuvre et le spectateur. Mais ça c’est dans le meilleur des mondes, car la dure réalité est déjà entrain de frapper les lieux culturels et les artistes. Des lieux ferment, comme le Centre d’art du Parc Saint Léger de Pougues-les-eaux, ou encore plus gros, le Mo.Co à Montpellier…

Cette édition vient de se terminer, cela fait maintenant la quatrième année : qu’est-ce que cette expérience t’apporte et qu’est ce qui te pousse, chaque année, à recommencer cette aventure ? 

Living Cube me permet de traverser la France de droite à gauche et de haut en bas pour découvrir des démarches artistiques, ça me permet d’étendre mes connaissances et de rencontrer beaucoup de monde. D’avoir un contact privilégié avec les artistes, d’établir une relation de confiance. Être au cœur de l’atelier, voir les œuvres en cours de création. Prendre le temps d’échanger sur la pratique, écouter les incertitudes, les questionnements des artistes. C’est tellement enrichissant. C’est aussi l’envie de partager avec un grand nombre ce plaisir à regarder une œuvre, en la présentant à un public. Chaque année, de nouvelles personnes viennent voir l’exposition. Ce qui est beau, c’est que tous et toutes ne sont pas forcément des spectateurs avertis. Ils sont curieux et ouverts ! Leur regard se construit et leur sensibilité s’affine au fur et à mesure des éditions et ça, c’est vraiment une belle preuve de réussite pour ce projet. C’est tout ça qui fait que chaque année j’ai envie de continuer !

Le salon. Au mur, des toiles de Bruno Peinado et Mael Nozahic cohabitent avec les sculptures d’Ugo Schiavi.

Tu as également signé récemment l’exposition AFTERPARTY à la Fondation du doute de Blois, avec une géniale sélection d’artiste. Quels sont tes futurs projets, ou qu’est-ce que nous pouvons te souhaiter pour les mois à venir ? 

AFTERPARTY réunit plusieurs artistes avec lesquels nous travaillons depuis quelques années et que vous avez probablement déjà vu passer dans Living Cube. Pour les prochains projets, ce sera pour la galerie La peau de l’ours à Bruxelles en janvier. Il s’agit d’une exposition collective autour de la peinture, du quotidien et du geste quotidien sur laquelle je travaille en ce moment même, avec Dorian Cohen, Marie Dupuis, Amandine Maas et Lise Stoufflet. Sans oublier que nous préparons activement les 5 ans de Living Cube avec une grande nouveauté en perspective, qui devrait être dévoilée d’ici janvier !

Merci Élodie pour ta disponibilité ! Nous te retrouvons sur ton compte Instagram @regard_b, et pour les plus curieux, l’exposition continue sur @livingcubexhibition. Vous pouvez également revivre l’expérience de Living Cube par cette vidéo de WIP ART réalisée l’année dernière.

À très bientôt et « tout le meilleur » pour tes futurs projets !

CONSTANT DAURÉ

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