FLASHBACK CULTUREL : CE QUE NOUS RETENONS DE 2020

2020… par où commencer? Nous n’avons pas besoin de rappeler en quoi cette année aura été si particulière pour tous, si difficile pour le monde de la culture. L’équipe de Zao Magazine revient tout de même sur les manifestations culturelles qui l’ont le plus marquée.

ARIANE DIB

The show must go on : Ondine à la Comédie Française, captée en 1974

Pendant le confinement du printemps dernier, la Comédie Française a maintenu sa programmation culturelle en s’adaptant aux contraintes : tous les soirs des pièces filmées issues de leurs archives étaient retransmises en live (via facebook et leur site internet). Parmi ce théâtre de fauteuil d’un nouveau genre, était diffusée Ondine de Jean Giraudoux, une pièce relatant le parcours d’une jeune “femme” capable de contrôler les éléments notamment liés à l’eau, abandonnant son lac pour suivre l’homme qu’elle aime à la cour, Hans, un jeune gentilhomme autrefois promis à une autre. Cette mise en scène conservait la beauté du texte et mêlait le regard et l’humour de Giraudoux et le romantisme bavarois dont est originaire le mythe d’Ondine. Le jeu des acteurs est incroyable, notamment le magnétisme d’Isabelle Adjani et Jean-Luc Boutté. Cette initiative pour rassembler le temps d’une pièce, même à distance, des spectateurs éparpillés et confinés, m’a parue extrêmement pertinente et réussie.

Ondine, Jean Giraudoux, mise en scène de Raymond Rouleau ; pièce en 3 actes de Jean Giraudoux ; spectacle de la Comédie-Française ; décors de Chloé Obolensky ; costumes de Chloé Obolensky, Rostislav Doboujinsky, retransmission le 29 avril 2020, vidéo issue des Archives de la Comédie Française. Crédit photo Nicolas Treatt

Voyage en terres inconscientes : Laure Prouvost, Deep See Blue Surrounding You / Vois ce bleu profond te fondre, Les Abattoirs, Toulouse, du 24 janvier au 20 septembre 2020

2020 fut une année complexe, à la fois rythmée par un besoin plus pressant que jamais de s’échapper de la réalité ou de la supporter par les œuvres d’art, et une année où il fût parfois difficile d’y accéder. Je me permets donc de tricher quelque peu en me remémorant ma visite toulousaine de l’œuvre Deep Blue Surrounding You, créée par Laure Prouvost pour le pavillon français de la Biennale de Venise de 2019 sous le commissariat de Martha Kirszenbaum. Je triche car je n’ai pas pu la voir à Venise mais je me suis réjouie de l’avoir découverte au musée des Abattoirs de Toulouse. Il s’agit d’une œuvre mixte, mêlant  installation, vidéo, sculpture, musique au lexique de l’eau, mais aussi à associations inconscientes et poétiques.

On embarque dans un parcours initiatique, une odyssée ou bacchanale aux airs surréalistes, menant de jeunes artistes de la région parisienne à Venise.  On repère les étapes de ce voyage : le quartier Pablo Picasso de Nanterre, le Palais Idéal du Facteur Cheval,…  On s’oublie et on traverse des contrées brumeuses, bien connues ou imaginaires.

« Un voyage vers notre inconscient. À l’aide de nos cerveaux situés dans nos tentacules, nous creuserons des tunnels vers le passé et le futur en direction de Venise. Suivons la lumière. » Laure Prouvost

Pour aller plus loin : L’art et la Poudre, Aware, Interview de Laure Prouvost et Martha Kirszenbaum

Fenêtre sur Instagram : Per Adolfsen

Là encore je ne joue plus vraiment selon les règles, une page Instagram n’étant pas forcément à proprement parler une manifestation culturelle … mais au cours de cette année recluse, les réseaux sociaux ont comblé un manque d’accès à l’art et à l’évasion. Ainsi, les paysages colorés et poétiques de Per Adolfsen ont été une véritable respiration, un accès, certes éloigné, à un monde extérieur et à une vision de la beauté quotidienne et humbles de la nature. Les compositions aux crayons de couleurs de cet artiste danois sont simplement belles. 

CAMILLE CHU

Retour sur Le Supermarché des Images au Jeu de Paume

L’ouverture de la Collection Pinault à la Bourse de Commerce, l’exposition Matisse au Centre Pompidou, l’exposition Marc Riboud au Musée Guimet… Ce sont tant de choses que j’aurais aimé ajouter à ce flashback culturel, mais coronavirus oblige, on se contentera des quelques temps forts de la culture qui ont quand même pu marquer cette année 2020.
Parmi les expositions que je retiendrai, Le Supermarché des Images au Jeu de Paume. Abordant les enjeux de la surproduction des images et leur stockage, leur diffusion, leur partage dans notre société, l’exposition faisait dialoguer des artistes aussi impressionnants que surprenants. Les œuvres de Kazimir Malévitch, Yves Klein, Sophie Calle, Evan Roth, Geraldine Juárez et bien d’autres étaient au rendez-vous pour se répondre dans l’espace d’exposition, se contredire dans leurs formes, et s’accorder dans leurs valeurs. Un véritable supermarché dans lequel on ne pouvait que faire le choix d’apprécier les œuvres, la scénographie et la médiation.
Et cette exposition était tombée à point nommé : j’ai l’ai visité quelques jours avant le premier confinement, soit avant la fermeture du Jeu de Paume pour un an… Et avant d’être submergée par le flot d’images des réseaux sociaux et des écrans que l’enfermement chez soi nous imposait.

Compléter son propre musée dans Animal Crossing New Horizons

Animal Crossing New Horizons, un jeu du géant Nintendo, est lui aussi tombé à pic. Sorti le 20 mars 2020, quelques jours après l’annonce du premier confinement en France, le jeu était très attendu par les nombreux joueurs de console Switch dont je fais partie.
Si Animal Crossing New Horizons apparaît aujourd’hui dans ce flashback culturel c’est parce qu’au-delà d’être de l’art en soit, le jeu m’a permis de revoir mes classiques en termes d’Histoire de l’Art. Grâce au Musée implanté dans le jeu, les joueurs ont la possibilité de compléter la collection de la galerie d’art avec des peintures, des sculptures et même des estampes. Pour se faire, il faut acquérir des chefs-d’oeuvre sur le marché noir. Mais la chose n’est pas si simple : il faut parvenir à reconnaître les vraies œuvres parmi les fausses présentées. Les contrefaçons ont toujours un détail qui les trahit, comme un sourire à l’envers, une couleur erronée, des personnages manquants ou un objet en trop.
Nintendo ne vous fait pas de cadeaux, il faut avoir une solide connaissance des chefs-d’œuvre (ou une bonne connexion wifi pour trouver l’original sur Google Image) si vous voulez espérer compléter votre collection.

Faites l’expérience par vous-même en suivant ce lien !

CONSTANT DAURÉ

L’avènement des discussions live sur Instagram

2020 sera marquée par cette nouvelle manière de converser, un nouveau format de conférence : le direct Instagram.

Je me souviens d’ailleurs très bien, pendant le confinement du printemps, de la première masterclass à laquelle j’ai assisté de cette façon-là, le 7 avril. L’ECAL, école d’art et de design suisse, s’est adaptée en retransmettant en live sur Instagram la conversation entre l’un de ses enseignants, Lionel Baier et le légendaire Jean-Luc Godard. J’ai été ainsi interpellé par cette figure, traversant les époques, fumant son cigare derrière la caméra, frontale cette fois-ci.

J’ai été marqué par cet évènement ; et j’ai trouvé cette image retransmise du cinéaste très forte. J’en ai fait une capture d’écran, et quelques semaines plus tard, j’ai compris que je n’avais pas été le seul à avoir été saisi : le peintre Guy Yanai, travaillant le plus souvent à partir de photographies, en avait fait un tableau :

Guy Yanai, Jean-Luc Godard (Instagram), 2020

Les conversations Instagram ont été nombreuses et très enrichissantes. Je pense notamment aux talks menés par Jean-Charles de Castelbajac, nous invitant à partager ses conversations avec ses amis, revenant sur leurs carrières ou évoquant leur ressenti sur ces temps troublés. J’ai particulièrement apprécié les discussions avec Michel Gaubert, Agnès B, Alexandre de Betak, Tom Sachs, ou encore Mathieu Lehanneur qui m’a permis de découvrir son travail.

Le grand retour de Sébastien Tellier

L’année commençait pourtant bien : janvier 2020, le génial Sébastien Tellier sort le titre A ballet, annonçant son grand retour après 6 ans d’absence, par un nouvel album intitulé Domesticated et une série de dates de concert.

Mais le nom de l’album, si vous me permettez le jeu de mot, semble avoir rattrapé le musicien : le confinement général a cloitré chacun chez soi, provoquant le recul de sa sortie, mais également le report de ses concerts pour un futur incertain.

Domesticated sera finalement dévoilé le 29 mai, livrant une musique électronique cosmique, vaporeuse et sensible qui sera la bande son de mon été. Relevons d’ailleurs que les influences artistiques de Sébastien Tellier sont riches, le morceau Venezia ayant été enregistré au sein du Pavillon français de la Biennale de Venise 2017, dans l’installation Studio Venezia de Xavier Veilhan.

Les salles de concert demeurant fermées, vivre un concert de Tellier en 2020 était inespéré, jusqu’à l’annonce du concert Arte, capté au cœur de la Gaité Lyrique le 13 novembre 2020. Mêlant ses classiques, tels que La Ritournelle ou Roche, à ses nouveaux morceaux, Sébastien Tellier nous livre une performance magistrale, accompagné de plusieurs musiciens. Il rendra un hommage à son ami Christophe avec Juliette Armanet, en partageant une réinterprétation de sa Dolce Vita. Comme le souhaitait Sébastien Tellier, ce concert nous a permis de souffler quelques instants, nous transportant loin du chaos que nous vivons. À écouter en boucle.

Habiter la forêt, ce que j’aurais souhaité pour 2020.

Les visites d’expositions au musée ont été rares cette année… Et le rôle de la galerie en tant qu’institution culturelle s’est plus que jamais fait sentir, accueillant chacun gratuitement entre ses murs pour présenter le travail d’artistes de tout horizon.

 C’est ainsi que je retiendrai de 2020 l’exposition à la galerie Nathalie Obadia Habiter la forêt de Fabrice Hyber, artiste dont j’apprécie l’univers et le travail. 

Fabrice Hyber, Abri, 2020

Cette exposition s’inscrit bien dans les évènements que nous avons vécus : 2020 aura été l’année de la distanciation, de la redéfinition de nos habitudes, de la redécouverte des espaces que nous habitons. Si certains ont pu quitter la ville pour se mettre quelques semaines au vert, d’autres y sont restés, rêvant sans doute de grands espaces et d’air frais. 

Fabrice Hyber ne nous livre pas seulement une vision lyrique de la forêt, comme lieu de ressource et d’émerveillement, mais une nature à l’origine d’innovation et de technologie, permettant de relever le défi écologique qui s’offre à nous. Entre schémas et dessins, à travers un fourmillement de fusain et un large nuancier de couleurs vives, c’est en observant la nature que l’artiste propose dans ses toiles une vision utopique de la ville, résolument tournée vers un espoir d’écologie.

Bonne nouvelle, cette exposition se prolonge en 2021 : vous avez jusqu’au 23 janvier pour la (re)découvrir !

Fabrice Hyber, Habiter la forêt, jusqu’au 23 janvier 2021, Galerie Nathalie Obadia, 18 rue du Bourg-Tibourg 75004 Paris

MATHILDE PRÉVOTAT

Les Kienholz dénoncent ! Ed & Nancy Kienholz, 5 septembre – 31 octobre 2020, Paris – Grenier Saint Lazare

43 ans après la dernière grande rétrospective française dédiée à Edward Kienholz, la Galerie Templon a présenté de septembre à novembre, des œuvres d’ Edward et de son épouse Nancy.  L’occasion pour nous de redécouvrir ces artistes décidément trop peu exposés en France ! 

Les œuvres de Kienholz sont généralement classées dans le Pop Art même si elles sont très loin des œuvres aux couleurs acidulées représentant la société de consommation. Au contraire… leurs œuvres sont pour le moins morbides et provoquent un sentiment de malaise chez le spectateur. Sentiment accentué par le fait que leurs installations sont grandeur nature. L’on se retrouve ainsi devant des scènes d’abandons d’enfants devant Jody, Jody, Jody, ou devant des scènes de viol devant The Pool Hall, une installation représentant des hommes jouant au billard, visant le sexe ensanglanté d’une femme décapitée. 

Les Kienholz voulaient choquer pour mieux dénoncer. Pari réussi! Tous les travers de la société américaine y passent : sexisme, abus sexuel, racisme etc. Triste constat : ces œuvres créées entre 1978 et 1994, sont toujours d’actualité. 

Kienholz,The Pool Hall, 1993

GIRL POWER ! Hong Sang-soo, La femme qui s’est enfuie

Gam-Hee (interprétée par Kim Minhee) rencontre et converse avec trois de ses amies, son mari qu’elle ne quitte jamais, étant en voyage d’affaires. Si le scénario parait simple voire banal, le réalisateur coréen Hong Sang-Soo nous offre avec La femme qui s’est enfuie un film juste et mélancolique. 

Les images sont splendides. La beauté réside dans la simplicité des plans fixes, interrompus régulièrement par des zooms sur ces femmes qui conversent. Ces dernières sont quant à elles interrompues par des hommes, véritables intrus. Les hommes n’ont en effet qu’une place anecdotique dans ce triptyque de rencontres, venant perturber, succinctement les conversations avec des interventions ridicules, grotesques. Finalement, Hong Sang-soo offre un véritable hommage aux femmes avec ce film court (seulement 1h20!).

Ce film est poétique, parfois drôle, toujours sensible, à voir !

Zaomagazine fête son premier anniversaire; c’était un plaisir de passer cette année avec vous, merci pour votre lecture et pour votre soutien. Nous nous retrouvons en 2021!

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