Le tour des galeries #3

Le mot s’est passé : les galeries d’art sont ouvertes et sont la quasi-seule manière de se trouver face à des œuvres en ce moment. En témoignent les longues files d’attente de visiteurs devant leurs portes, les galeries étanchent notre soif de culture, par des expositions de qualité pour nombreuses d’entre elles.

Nous commençons ce troisième Tour des galeries dans le 6ème arrondissement, où Gaudel de Stampa expose l’artiste néerlandais Gijs Milius. Pour sa troisième exposition parisienne, Les Curatrices, Daantje, Flappie, etc., l’artiste poursuit son travail au pastel gras, et propose également deux installations faites à partir de bois et mousse.

Dès l’entrée de la galerie, nous sommes projetés dans l’espace : nous contemplons au mur un premier dessin ; nous pouvons y reconnaître une galaxie, vue de loin, ou peut-être un nuage de poussière, de gaz. Cette œuvre donne le ton : tout au long de cette exposition, il sera en effet question d’espace, où le visiteur, d’œuvre en œuvre, change de dimension.

Les Curatrices, 2020, oil pastel sur papier, 50 x 65 cm. Courtesy Gaudel de Stampa, Paris.

Dans cet univers, nous sommes accueillis par les maîtresses des lieux : un couple de curatrices, défiant la distanciation physique de règle ces temps-ci par une inconsciente proximité de leurs visages. En scrutant longuement ces deux figures, nous sommes happés par leurs yeux, quatre billes rondes qui nous apparaissent comme des planètes, puis quatre pupilles noires, denses, dans lesquelles nous voulons plonger. Exposés en face, deux géants trous noirs répondent à ce portrait et accentuent notre vertige face à l’inconnu, à l’obscurité. Nous y retrouvons le travail méticuleux et précis du pastel gras, ainsi que la dimension cartoonesque, fantastique de Gijs Milius.

Gat’s Nachts, 2020, oil stick, pastel gras sur papier, 78 x 60 cm ; Gat’s Avonds, oil stick, wax pastel sur papier, 78 x 60 cm. Courtesy Gaudel de Stampa, Paris.

Sur le mur du fond, est accrochée une perspective. Par quelques lignes ordonnées et un travail des ombres, Gijs Milius a créé un espace tridimensionnel, quasiment le plus rudimentaire qu’il soit. Par la suite, comme un moulage d’empreinte, l’artiste a modelé dans de la mousse cet espace illusoire qu’il a créé. Sous nos yeux, c’est alors toute l’Histoire de l’Art, de la Renaissance aux Concetto spaziale de Fontana qui est recueillie et déposée au centre de la galerie. 

Les Curatrices, Daantje, Flappie, etc. vue d’exposition, janvier 2021. Courtesy Gaudel de Stampa, Paris.

Dans les dernières œuvres de l’exposition, vient se mêler le temps, notion inséparable de celle de l’espace. Face à Flappie, animal de compagnie de l’artiste, nous nous rendons compte du chemin parcouru au fil de l’exposition, comme si nous avions cherché, tout du long, à poursuivre ce lapin.

Flappie, 2020, oil stick, oil pastel, wax pastel sur papier, 30 x 42 cm. Courtesy Gaudel de Stampa, Paris

Vous l’aurez compris, cette exposition est riche de sens, d’interprétations ; il faut s’y rendre !

Les Curatrices, Daantje, Flappie, etc., Gijs Milius, jusqu’au 20 mars 2021, Gaudel de Stampa, 49 Quai des Grands Augustins, 75006 Paris.

Dans le quartier, profitez-en pour visiter le nouvel espace de la galerie kamel mennour, où dialoguent deux artistes historiques, Phillipe Parreno et Daniel Buren, dans une œuvre créée spécialement pour le lieu.

D’ici votre visite, vous pouvez vous imprégner du travail de Phillipe Parreno en l’écoutant au micro d’Arnaud Laporte dans l’émission Affaires Culturelles de France Culture. L’artiste revient notamment sur sa rencontre avec Daniel Buren et sur la préparation de l’œuvre présentée en ce moment.

Simultanément, travaux in situ et en mouvement, Daniel Buren, Philippe Parreno, jusqu’au 27 février 2021, kamel mennour, 5 rue du Pont de Lodi, 75006 Paris.

Une autre exposition remarquable se trouve à la galerie Levy Gorvy, dans le 3ème arrondissement : Horizons. Cette exposition de groupe est curatée par l’artiste Etel Adnan, avec la collaboration de Victoire de Pourtalès.

La notion d’horizon nous rappelle les œuvres de l’artiste, où nous pouvons découvrir des paysages créés par des aplats de peinture. Le spectateur assimilera alors l’une ou l’autre des lignes de la toile à cette rencontre entre le ciel et la terre ou la mer.

Vue d’exposition, Horizons, curatée par Etel Adnan, Lévy Gorvy Paris, février 2021

Etel Adnan a ainsi réuni autour d’elle un ensemble de neuf artistes dont les créations dialoguent avec son œuvre, dont une magnifique série de cinq toiles est exposée. Nous retrouvons l’attachement au Liban chez Christine Safa – jeune artiste dont le travail me plaît beaucoup -, l’usage de la couleur vive chez Ugo Rondinone, la dimension historique de son travail chez Joan Mitchell, autre artiste majeure pour l’abstraction, ou encore des céramiques de sa compagne, Simone Fattal.

Mais la notion d’horizon évoque aussi la possibilité de regarder vers un futur avec confiance, de tenir un cap, de pouvoir développer des projets. Dans son nouveau texte poétique, Etel Adnan revient sur son itinérance tout au long de sa vie, entre son pays natal, le Liban, la Californie et la France. Horizons évoque ainsi le vécu de l’artiste, tiraillé entre différentes cultures, avec des perspectives de vie souvent chamboulées.

Vous pouvez en découvrir davantage sur Etel Adnan grâce à Margaux Brugvin qui revient sur les étapes marquantes de sa vie dans l’une de ses vidéos IGTV :

Horizons, curatée par Etel Adnan, jusqu’au 20 mars 2021, Lévy Gorvy Paris, 4 passage Sainte-Avoye (entrée par le 8 rue Rambuteau, 75003 Paris.

A quelques centaines de mètres, est exposé Christian Boltanski. Il s’agit de sa première exposition après sa rétrospective au Centre Pompidou, l’hiver dernier, mais aussi après la pandémie mondiale. Après, est ainsi le titre de l’exposition.

2020 a marqué l’artiste en ce que la mort, thème largement exploré dans son œuvre, a été placée au premier plan : au plus fort de l’épidémie, chaque jour, le nombre de morts été annoncé, nous avons vécu dans l’incertitude, avec l’angoisse de perdre des proches.

«  L’expérience que je souhaite pour le public qui vient visiter chacune de mes expositions n’est pas forcément de comprendre mais de ressentir que quelque chose a eu lieu  »

Christian Boltanski dans Faire son temps, Ed. Centre Pompidou, Paris, 2019, entretien entre C. Boltanski et B. Blistène, p.63
Vue d’exposition, Après, Christian Boltanski, Galerie Marian Goodman, Paris, février 2021

Ce qui est marquant dans cette exposition est la capacité de l’artiste à transformer l’espace de la galerie en une suite d’installations, nous plongeant dans son univers, dans ses œuvres, à travers une esthétique qui lui est propre. « L’expérience que je souhaite pour le public qui vient visiter chacune de mes expositions n’est pas forcément de comprendre mais de ressentir que quelque chose a eu lieu » déclare l’artiste, ce qui est rendu possible par cette fantastique scénographie.

Vous pouvez réserver votre visite directement sur le site de la galerie, en suivant ce lien !

Après, Christian Boltanski, jusqu’au 13 mars 2021, Galerie Marian Goodman, 79 rue du Temple, 75003 Paris.

La galerie Templon expose une nouvelle série de peintures récentes de Claude Viallat, riches en couleurs, formes mais également explorations : on remarquera l’utilisation nouvelle de tissus provençaux, reliant telles des sutures les toiles marqués du motif de l’artiste. Et comme on ne rate jamais une occasion de se trouver face à des œuvres du maestro, je vous invite à vous y rendre. Vous pouvez également retrouver l’artiste au micro de d’Arnaud Laporte, qui revient sur les temps forts de sa carrière jusqu’à la question de sa postérité.

Détail d’une œuvre de Claude Viallat exposée actuellement à la Galerie Templon.

Sutures et Varia, Claude Viallat, jusqu’au 20 mars 2021, Galerie Templon, 28 rue du Grenier Saint-Lazare, 75003 Paris.

Enfin, vous pouvez vous rendre à la Galerie Perrotin, qui expose en ce moment de jeunes peintres. On peut y voir des œuvres d’Alex Foxton et Mathilde Denize, que nous avions découverts à la galerie Derouillon et dont nous avions beaucoup aimé le travail. Rendez-vous cette fois-ci rue de Turenne !

Les yeux clos, jusqu’au 27 mars 2021, Galerie Perrotin, 76 rue de Turenne, 75003 Paris.

CONSTANT DAURÉ

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