Netflix fait son cinéma

Nos accès à la culture se restreignant de jour en jour, nous passons davantage de temps sur les plateformes digitales, à tenter tant bien que mal de nourrir notre curiosité. 

Regarder Netflix est souvent synonyme de facilité, de binge watching de séries populaires qui ne nous apportent pas tant que ça. Alors oui, certes, on peut être tenté de regarder Lupin parce que le Louvre nous manque terriblement. Mais une fois passée la page d’accueil mettant en avant les derniers blockbusters, ce catalogue regorge de trésors. Nous avons ainsi sélectionné les films sur Netflix qui nous permettent d’allier au maximum couvre-feu et culture. Encore faut-il y avoir un abonnement, sinon, négociez des codes !

Les classiques

Le Mépris (1963), Jean-Luc Godard

Jean-Luc Godard parmi les chefs-d’œuvre ? Pas très original me direz-vous. Mais on oublie trop souvent de revoir nos classiques sur Netflix. L’histoire de cette adaptation d’un roman de  Moravia est simple : elle met en scène les tensions du couple Camille et Paul (Piccoli et Bardot ) alors que celui-ci réalise une adaptation cinématographique de L’Odyssée aux côtés de Fritz Lang (dans son propre rôle) sous la pression d’un producteur cupide et goujat (Jack Palance). Dans  l’atmosphère surexposée de la villa Malaparte règnent les non dits, Paul semble prêt à sacrifier sa femme et sa crédibilité artistique pour satisfaire l’Américain.

C’est l’occasion de découvrir par ce chef-d’oeuvre le propos de Godard sur le cinéma lui-même, le réalisateur citant André Bazin dans le générique audio : « Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs », y ajoutant « Le Mépris est l’histoire de ce monde ». 

Pierrot le fou (1965), Jean-Luc Godard 

“Qu’est-ce que je peux faire? J’sais pas quoi faire !” Regardez donc Pierrot le Fou, disponible sur Netflix !  Notre liste des incontournables du cinéma ne serait complète sans le couple Jean Paul Belmondo – Anna Karina formé par Jean-Luc Godard. Suite à des ennuis avec un groupe de gangsters, le couple part en cavale à travers la France, s’aventurant jusqu’aux côtes de la Méditerranée.

On y retient le jeu des couleurs : la fine cravate de Ferdinand, ses carnets de notes, la peinture qu’il étale sur son visage, ou encore les reflets des lampadaires sur le pare-brise dans la nuit. 

Peau d’âne (1970), Jacques Demy

Peau d’âne a bercé l’enfance de nombreux d’entre nous, mais ce chef-d’œuvre est à découvrir à tout âge, offrant autant d’interprétation que de point de vue. Reprenant le récit de Charles Perrault, Jacques Demy nous offre sa vision du conte médiéval, merveilleux, fantasque, parsemé d’anachronismes. Sur une musique originale de Michel Legrand, ce film reprend le format de la comédie musicale, rappelant d’autres bijoux du réalisateur, Les demoiselles de Rochefort et Les Parapluies de Cherbourg, à découvrir également sur Netflix. 

Les animés

Le voyage de Chihiro (Sen to Chihiro no kamikakushi, 2001), Hayao Miyazaki

La Maison espagnole Loewe présentait récemment une collaboration avec le Studio Ghibli, studio d’animation japonais fondé par Hayao Miyazaki et Isao Takahata, autour du film Mon voisin Totoro. Voici alors une nouvelle occasion de se plonger dans l’univers de Miyazaki. On retiendra notamment pour notre sélection les deux heures cinq de rêverie qu’offre le fantastique Voyage de Chihiro, récompensé de l’Oscar du meilleur film d’animation en 2002. Suivez Chihiro dans son odyssée vertigineuse, relever chacun des défis se présentant à elle, comme autant de représentations de thématiques contemporaines intriguant le réalisateur. 

La Princesse Mononoké (Mononoke hime, 1997), Hayao Miyazaki

Enfant, je regardais en boucle ce film et aujourd’hui je ne m’en lasse toujours pas. La finesse du dessin d’Hayao Miyazaki atteint pour moi son apogée dans les paysages poétiques de ce Japon empreint de récits mythologiques autant que d’enjeux liés à l’industrialisation. La complexité des personnages et l’absence totale de manichéisme fait la richesse de cet animé relatant la quête d’Ashitaka pour guérir de la malédiction qui le ronge. Un conte entre nature et culture, entre tradition et modernité, qui ne cessera jamais de m’émerveiller. 

Your Name. (Kimi no na wa., 2016), Makato Shinkai 

Sortons des sentiers battus des films de Miyazaki pour rejoindre un autre chemin qui gagne à être exploré par le grand public français ; ceux des films animés de Makoto Shinkai. Ce réalisateur, que l’on appelle d’ailleurs “le nouveau Miyazaki”, propose avec Your Name. un bijou de l’animation japonaise, autant sur la forme que le fond. Les dessins frôlent la réalité, en représentant jusqu’au détail près les paysages urbains de Tokyo à la campagne du Japon. On y voit même du lens flare (les cercles lumineux dû au reflet du soleil que l’on retrouve sur certaines photos) lors de plans sur un beau ciel bleu ou un coucher de soleil. Débutant innocemment par deux jeunes adolescents qui échangent leur corps un beau matin, la tournure que ce film prend à mi-chemin laisse à réfléchir sur des thèmes plus profonds. 

Cinéma contemporain

Marriage Story (2019), Noah Baumbach

Ce film signé par Noah Baumbach et produit par Netflix, nominé pas moins de 77 fois aux Golden Globes, est une pépite du géant américain de la VOD partie à la conquête du Cinéma avec un grand C. Le réalisme et la simplicité du scénario, consacré au divorce d’un metteur en scène (Adam Driver) et de sa comédienne favorite (Scarlett Johansson), met en valeur un jeu d’acteur sans excès mais très touchant. Avec une profonde bienveillance sur les personnages, Baumbach pose un regard  très émouvant sur la famille moderne.

Call Me By Your Name (2017), Luca Guadagnino

Face à Call Me By Your Name, on a le sentiment de bronzer, de s’évader dans l’Italie de 1983 en glissant sur la bande son solaire de Sufjan Stevens. On plonge sans hésiter dans ce récit initiatique vers la découverte du désir du jeune Elio (Timothée Chalamet), sa passion pour Oliver (Armie Hammer).

Outre un magnifique film sur l’adolescence et les amours queer incandescents, Luca Guadagnino y pose une réflexion anthropologique sur les héritages culturels. Il y a dans le rapport très humain à l’archéologie entretenu par le Professeur Perlman (Michael Stuhlbarg) comme une continuité entre la civilisation gréco-romaine et monde d’Elio et sa famille, qui contraste avec celui d’Oliver, l’Américain visiblement issu d‘un milieu conservateur dont il s’échappe pour cette escapade estivale avec le spectateur.

Mommy (2014), Xavier Dolan

Comment ne pas évoquer Xavier Dolan au sujet du cinéma contemporain ? Et bonne nouvelle : une partie de ses longs-métrages sont sur Netflix : Juste la fin du monde, Tom à la ferme, Les Amours imaginaires, et l’incontournable Mommy. Vivez au plus près de Diane, veuve, qui se met au défi de prendre la garde de son fils violent et turbulent, Steve, expulsé de son centre de rééducation.  Dans un temps suspendu, se crée l’espérance d’un équilibre retrouvé entre la mère et le fils, aidé par leur voisine, Kyla.

Partageant cette aventure, ce film nous place au plus près des émotions des personnages, des pulsions violentes de Steve à l’allégresse générale de cette utopie. Transportés par une bande son soignée, vous ne danserez plus jamais de la même façon sur du Céline Dion.

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